EXTRAITS



En cet après-midi du 22 juillet 1970, la chaleur était accablante, comme souvent dans le Gers, lorsque certaines journées d’été frôlent les 40°C. Mon père avait, sur mes multiples demandes, accepté de recevoir le représentant de la Société Damien, fabricant de postes de soudure. J’avais bien compris que, vendre exclusivement des clôtures électriques, des chargeurs de batterie et des batteries ne permettrait pas, à mes parents et à moi-même, de vivre décemment. Le chiffre d’affaires de la boutique, cent quatre-vingt dix mille francs – moins de trente mille euros annuels –, était en baisse, et la boutique vivait sur la seule renommée d’un slogan que mon père avait eu la riche idée de créer « La clôture MEDOR n’aboie pas, mais elle mord ! »

Monsieur Albessard, de la Société Damien, était enfin arrivé dans notre modeste boutique où Rintintin, mon gros et brave chien-loup était affalé la langue pendante sur le ciment rafraîchissant de notre petit bureau. La discussion commençait et j’expliquais à ce représentant, du haut de mes 19 ans que les paysans devraient un jour ou l’autre acheter du matériel d’atelier et de l’outillage, car les forgerons disparaîtraient très vite des campagnes de France. Sur ce, mon père nous interrompit : « Je me sens mal, je vais à la maison. »

Je continuais ma discussion lorsque, tout à coup, ma petite cousine Sylvie arriva en courant. Elle criait : « Tonton ! Tonton ! Le fusil ! » Une sale angoisse m’envahit. Mon père, souvent mélancolique, était soigné pour une dépression nerveuse qui n’en finissait pas. Il était hanté par la mort et nous parlait trop souvent de suicide. Je me mis à courir avec ma petite cousine, et le représentant qui ne réalisait sûrement pas, vers notre maison familiale. Seule, une courte allée séparait les deux bâtiments. Nous traversâmes la salle à manger et là, au pied de l’escalier, mon père était allongé, son fusil de chasse à ses côtés ; une tringle métallique de ma tente de camping lui avait servi de poussoir pour atteindre la gâchette ; la cible était le cœur. Je pris mon père dans les bras. Je ne sais s’il était déjà mort, mais j’ai ressenti ses derniers soubresauts, et je criais : « Papa ! Papa ! Je t’aime ! Ne meurs pas, non ce n’est pas possible ne me laisse pas seul ! » En me relevant, je vis sur la commode un mot manuscrit qui disait : « Je souffre trop, je n’en peux plus. Pardon. Je vous aime. » Pendant ce temps, les cris et appels des uns et des autres avaient été entendus, les pompiers étaient déjà là. Je cherchais ma mère qui était allée faire des courses en ville. Je la vis, sortant de sa voiture, voyant les pompiers devant la maison, ma mère se mettre à crier. Elle avait deviné l’issue fatale des souffrances que mon père nous exposait si régulièrement. Ma mère et moi partagions les mêmes angoisses. Souvent, quand nous rentrions, le soir venu, et que nous apercevions notre maison dans l’obscurité, nous avions la crainte que mon père n’ait fait une bêtise. Et là, c’était fait.

Après l’enterrement, responsable comme un fils unique, ma mère n’ayant jamais travaillé, je mis la blouse bleue pour recevoir les rares clients qui venaient à la boutique : « Mais tu sais, tu pourras aller travailler comme manœuvre chez Castel & Fromaget ! » L’usine voisine, de charpente métallique. Mon ambition dépassait de loin celle que me réservaient ces chers clients.

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Je fis venir les représentants de Black & Decker et leur achetais 25 meuleuses d’angle, et j’obtins 37,5% de remise. Je fis immédiatement une publicité dans la presse locale en affichant moins 10%. Toutes mes machines se vendirent dans la semaine car le discount n’existait pas. Les quincailliers me traitaient de « bradeur », pour ma part, je ne recherchais pas la noblesse dans le métier, mais la réussite que la rumeur locale me refusait déjà : « Celui-là, sans son père, il ne pourra rien faire, il n’a pas un seul diplôme. »

Mon carnet d’adresses gersois était déjà important : pour satisfaire mon ambition, je faisais les foires expositions, élargissant ainsi ma zone d’achalandage. Les ventes étaient bonnes et cela avait l’avantage de me sortir de cette campagne trop étroite pour mon ambition. Je rencontrais sur les stands voisins des camelots, des posticheurs au jargon particulier : « Il y a du trèpe aujourd’hui ! » Traduction : « Il y a des clients aujourd’hui ! » J’apprenais les astuces de la vente comme dans un jeu que je mettais en pratique dans l’instant. Mes produits Black & Decker se vendaient bien et les quantités que je « dépotais », intriguaient la maison mère installée à Lyon. J’ai toujours eu, pour cette firme américaine, une grande admiration, car leur capacité à innover était remarquable. J’ai donc vu un jour débarquer le Directeur Commercial : la Direction Générale était étonnée par le montant de mes factures d’achats, mais ma jeunesse et mon dynamisme séduirent.

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Dans le même temps, je décidais d’aller visiter mes fournisseurs pour obtenir de meilleures conditions : je voulais vendre en gros à ces grandes surfaces qui naissaient. D’ailleurs à Toulouse, il se construisait un Carrefour, le plus grand supermarché d’Europe, mais pour vendre à ces gens-là, il me fallait des prix encore plus compétitifs

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La revente d’une marque, même connue, était pour moi trop réductrice, et soumise au bon vouloir de cette compagnie. Lié d’amitié aux cadres de chez Magra, un fournisseur d’outillage, importateur d’Union Soviétique, j’ai compris la mondialisation de l’économie, la nécessité d’avoir toujours et toujours des prix plus bas pour satisfaire ces nouveaux clients qu’était la grande distribution. Très rapidement, j’ai écrit aux Services Commerciaux des Ambassades des pays communistes et des pays en voie de développement et bien sûr de l’Inde. Chez Magra, on me disait que leurs prix étaient trop souvent attaqués par ces « indiens-là ». Les affaires marchaient bien, j’avais déjà recruté une secrétaire, un représentant et un magasinier, installés dans la boutique familiale entièrement reconstruite. Finie l’arrière-boutique en terre battue : la moquette avait fait son apparition dans mon bureau.

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, j’ai décidé d’aller en Inde chercher des produits encore moins chers. Cette démarche allait me permettre de vendre davantage à la Grande Distribution, qui inaugurait sans cesse de nouveaux points de vente. D’ailleurs moi-même, j’avais ouvert un supermarché d’outillage à Fleurance dans le Gers au bord de la RN 21 avec parking et musique, à l’enseigne « La Bourse de l’Outil » ; une vraie révolution pour un département agricole où la demande d’équipement était si forte. Je ne m’étais pas trompé sur ma stratégie. Ainsi, fort de ces succès, j’achetais un billet d’avion pour New Delhi en Inde.

Sur la route, il était difficile de se frayer un chemin, tant de vélos, de scooters, de chameaux, d’ânes, de charrettes et toutes sortes d’embarcations encombraient la voie. De la fenêtre arrière de la voiture, j’aperçus une fête foraine dans laquelle une grande roue dominait les baraques. Je me dressais sur mon siège ; je n’en croyais pas mes yeux, celle-ci était actionnée par deux frêles indiens qui, de barreau en barreau, faisaient tourner cette attraction. Arrivé à l’usine, j’étais attendu par de nombreux salariés. Les secrétaires en sari m’enfilaient autour du cou de nombreux colliers de fleurs. Je fis le tour de l’usine avec mon interprète.

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je partais en Extrême-Orient : Taipei, Hong Kong, Bangkok. J’avais compris que si les voyages formaient la jeunesse, ils formaient également les chefs d’entreprises. À peine arrivé à Taipei, l’atmosphère était industrielle, j’étais assailli à l’hôtel par des industriels qui venaient me vanter leurs produits. Ils étaient informés par ces petites fiches que vous remplissez dans les avions « profession - secteur d’activités… » Le défilé était incessant ; ils faisaient la queue dans le couloir avec leurs échantillons, parfois si lourds qu’il leur fallait un chariot pour hisser leurs machines jusqu’à ma chambre du quinzième étage.

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Arrivé à Hong Kong, je me sentais seul. La ville était brillante, plus riche, les Roll Royce se pressaient à l’aéroport. Les bus à impériale rappelaient que Hong Kong était une colonie britannique et les policiers revêtaient l’uniforme anglais. J’imaginais un grand décalage avec la Chine Rouge austère et rigoureuse. Je logeais dans un hôtel de Hong Kong side. Le premier soir de mon arrivée, quelqu’un frappa à ma porte. Deux hommes et une femme : « Vous êtes bien un homme d’affaires français ? Vous voulez importer de Chine populaire ? » Je répondis : « Oui, bien sûr ! » « Alors demain, nous viendrons vous chercher à 10 heures pour aller dans nos bureaux, nous vous expliquerons. » Il s’agissait de Gardes Rouges, agents de la Chine Communiste, chargés du recrutement pour le développement économique. Car, à l’époque de Mao, il fallait être invité pour obtenir ensuite un visa auprès de l’ambassade de Chine en France. J’étais un pionnier ; très peu de mes collègues importateurs avaient un tel laissez-passer. Quelques mois après, je retournais à Hong Kong pour aller en Chine Rouge.

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Un petit train populaire me transporta jusqu’à la frontière, marquée par un petit pont que je dus traverser à pieds, traînant mes lourdes valises. De l’autre côté, la « Grande Chine », avec son immense population de plus d’un milliard d’individus, la musique avait changé. Les soldats étaient figés comme des hommes de cire, le train que j’empruntais était bondé, moins bruyant, les passagers, eux, plus silencieux. Seuls la musique militaire et les slogans de propagande étaient hurlés par des haut-parleurs placés dans chaque wagon. À l’arrivée, à Canton, une foule immense se pressait à la gare pour attendre les familles. J’avançais vers ce mur humain qui s’ouvrait au fur et à mesure. Certains touchaient mon visage ou mes cheveux. La Chine était à cette époque très fermée, et bon nombre d’habitants n’avaient jamais vu un blanc.

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Je réalisais soudain que dans ce pays, je ne pourrai jamais me perdre et que l’œil de Mao veillerait sur moi. L’ambiance était professionnelle en cette Foire de Canton. Très peu d’étrangers étaient présents, une petite centaine pour le monde entier. Nous étions deux par chambre, les portes sans clé et toujours ouvertes pendant la journée. Car en Chine Populaire, personne ne doit avoir quoi que ce soit à cacher. Chacun des lits était équipé de moustiquaires, parfois trouées, ce qui était le cas pour le mien. Les prix de l’outillage à main étaient encore moins chers que je ne l’imaginais,

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Les affaires marchaient du « feu de dieu » ; je choisis de pousser bon nombre de mes collaborateurs, pour d’autres, les péripéties de la vie nous ont séparés, mais tous se sont accordés à reconnaître l’efficacité de « l’école » Jean-Claude Sensemat. Je créais différentes marques, Rhino pour l’outillage électrique et Cogex pour l’outillage à main. Mon principe : un entrepôt, des bureaux et un patron absolu. Un P-.d.g. qui, à mon image, devrait s’élever dans le monde des affaires.

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Franchir le rideau de fer à la fin des années 70 début 80 était une vraie performance. J’avais compris que pour faire la différence je devais me procurer des produits exclusifs. Mes clients, devenus importateurs, se rendaient en masse à la Foire de Canton en Chine. Moi, leur fournisseur, je voyageais au fond de l’avion en classe économique, tandis qu’eux se pavanaient en première classe. Les choses changeaient.

Je savais que les usines d’Europe de l’Est fabriquaient des outils et des machines parfois rustres, mais de très bonne qualité.

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Ma fascination pour l’Albanie a toujours été grande, car c’était un des pays au monde le plus fermé, avec la Corée du Nord. J’ai donc contacté l’Ambassade d’Albanie à Paris et ai été reçu par des camarades de la République Populaire. L’atmosphère, à l’intérieur de ce bâtiment était aussi lourde que les tentures suspendues aux fenêtres. Leurs tissus étaient d’un velours prune foncé par la poussière et le manque de lumière. Figés, ils semblaient trop peser. La nonchalance des fonctionnaires ajoutait à l’ambiance. Je finissais par obtenir le visa,

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J’étais un patron enthousiaste, heureux de pouvoir construire un Groupe important dans mon département natal, fort de mes expériences et de mon relationnel. Il semblait que rien ne pouvait m’arrêter.

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Un matin du mois d’août, alors que j’étais en déplacement du côté de Perpignan, le téléphone sonna dans ma chambre d’hôtel. C’était ma secrétaire : « Monsieur, il y a le feu à l’usine de Mirande, les pompiers sont arrivés, il n’y a pas de blessé, mais ça brûle beaucoup ! »

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. Ma compagne et moi étions convaincus qu’il s’agissait d’un acte criminel, car les locaux venaient d’être refaits à neuf. La société Turbofée s’y était installée deux mois auparavant et les services de mise aux normes avaient tout contrôlé, il ne pouvait donc en être autrement. Lorsque nous arrivâmes sur les lieux, plusieurs escadrons de pompiers luttaient avec ardeur. Cette vision fit monter en moi une tristesse infinie, je pleurais, je me sentais petit. J’éprouvais un sentiment de gâchis face à ce brasier.

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Ils firent le tour du brasier, qui brûla plusieurs jours durant. Ils allèrent, sans me saluer, dans un bureau du bâtiment administratif, seul à ne pas être touché par le sinistre grâce aux énormes efforts des pompiers. étais-je coupable dans leur esprit ? Sûrement, car on le sait bien : quand une usine brûle, c’est qu’il y a le feu aux comptes ! C’est ce que répandit par la suite un médecin qui faisait de la politique aux côtés du nouveau Président du Conseil Général à Mirande. Heureusement pour moi, la société était bénéficiaire ! Je me demandais alors quelle usine de mon groupe allait brûler à présent. La jalousie engendrée par mon développement économique, l’ambiance hostile qui s’était forgée était telle que je ne pouvais que penser « qu’à force de tirer à boulets rouges, ça flambe ! »

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Le responsable des Services Techniques l’avait licencié sans ménagement. Ce responsable nous a d’ailleurs créé bien des problèmes. Son anxiété maladive se propageait aux autres membres du service et nous faisait passer pour des employeurs exigeants et excessifs. Plus tard, sa femme participait activement à toutes les manifestations CGT. Nous lui avions demandé de faire preuve de psychologie vis-à-vis du gardien et d’attendre qu’il ait trouvé un autre logement pour lui faire quitter le site, il n’en avait pas été ainsi. Le gardien fut arrêté, puis jugé par le Tribunal d’Auch. Il n’écopa que d’un sursis, car il n’a jamais avoué formellement.

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Une fois de plus, nous vivions un autre paradoxe.

Les autorités du Lot-et-Garonne me faisaient savoir qu’elles avaient les locaux de la « Ruche Méridionale » inoccupés. Ces vingt-deux mille mètres carrés me feraient bien l’affaire. Je rencontrais Jean François-Poncet et le docteur Chollet, député-maire d’Agen. La courtoisie était de mise, je n’y étais plus habitué : dans le Gers, les rapports avec les autorités étaient empreints de rudesse.

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Après d’interminables réunions au Conseil Général, je dus accepter une augmentation de cinquante pour cent du loyer à Mirande, aucun de mes confrères chefs d’entreprise dans toute la France n’avait été traitée de la sorte.

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J’avais le pouvoir économique, j’aurais souhaité que mes collègues P.-d.g., ou des cadres des différentes filiales de mon Groupe, se mêlent plus à la vie du Pays. Certes, mon directeur général, après avoir été juge aux Prud’hommes, l’était au Tribunal de Commerce – et le patron du GIE Financier l’avait remplacé aux Prud’hommes – mais les autres P.-d.g. ne voulaient pas, ils ne souhaitaient pas ajouter à mon pouvoir.

Étant propriétaire à cent pour cent de mon Groupe, j’étais classé dans les magazines comme « Capital », « Le Nouvel économiste », « Challenge », autour de la cent cinquantième fortune professionnelle de France.

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J’étais lâché une première fois par le milieu bancaire.

La Banque Lazard prit contact avec moi pour me proposer un rendez-vous. J’étais reçu par François Polge de Combrei, associé gérant de cette célèbre Banque, spécialisée dans les fusions acquisitions. Il organisait une réunion avec une société financière anglaise Legal and General. Nous étions tous autour de la solennelle table de réunions, assis dans des fauteuils de cuir, qui avaient fait leur temps. Se joignaient à nous, Jérôme Balladur, fils de l’ancien Premier ministre, et Eric Licoys – patron de Fond Partenaire : « Si vous cédez la totalité de vos titres, nous pouvons vous proposer une valorisation intéressante ! » Nous parlions de quatre cent cinquante millions de francs soit un peu plus de soixante-huit millions d’euros.

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Mon entreprise était un élément important de ma vie. Je m’étais réalisé avec elle. Mon directeur général, toujours conservateur, me fit remarquer qu’on pouvait réaliser un patrimoine pour sa famille en ayant des actifs constitués d’un Groupe, il cita en exemple la famille Dassault. Je ne me voyais pas retraité. Après en avoir discuté avec ma compagne, Martine, je déclinais l’offre de Lazard.

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En tant que Président du Groupe, je voyais bien la trésorerie se tendre, mais mon anxiété était apaisée par les bons résultats et les perspectives des autres filiales, en plus des écrits et déclarations venant de Sensemat Outillage. Cela ne dura pas et j’eus une discussion avec le Patron du GIE Financier, qui finit par se laisser aller à ses inquiétudes. Je lui fis des reproches sur sa réactivité et il me répondit en pleurnichant : « C’est une question de décence, si je ne vous en ai pas encore parlé. Et puis vous me faites peur ! » Quant au centralien, directeur général devenu directeur du Développement à la Société mère, il tirait son salaire : « Ce qui est pris n’est plus à prendre ! » aimait-il à répéter, bien assis dans son fauteuil présidentiel, les reins calés par son petit coussin marron qu’il avait installé. Il était également devenu P.-d.g. de Sensemat Industrie, société chargée du montage électromécanique et de la mise sous blister de produits.

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Pour la première fois dans l’histoire de mon Groupe, que j’avais fondé vingt-neuf ans plus tôt, le bilan consolidé allait se clôturer par une perte de trois millions de francs soit moins de quatre cent soixante mille euros. Ce n’était pas un drame eu égard aux capitaux propres de cent cinquante huit millions de francs – soit plus de vingt quatre millions d’euros

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Je téléphonais à Jean-Pierre B., Président du Tribunal de Grande Instance du Gers, qui cumulait les fonctions de Président du Tribunal de Commerce, car bon nombre de juges consulaires avaient démissionné pour protester contre la loi Guigou. Jean-Pierre B. était un ami, enfin, à ce moment-là je le croyais. Il était de toutes mes fêtes, nous nous recevions à dîner, le tutoiement même en public était de mise depuis longtemps car il était Président depuis près de quinze ans dans le Gers.

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Pierre Escorsac, rédacteur en chef local de la « Dépêche du Midi » dans le Gers, proche du Juge Jean-Pierre B. titrait à la Une « Jean-Claude Sensemat pas de licenciements. Il n’y aura pas de fermeture de site » écrivait-il. Les dégâts psychologiques qui s’en suivirent furent grands et irréversibles

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Je prenais rendez-vous avec Jean Gousset, directeur général de la Fidal, en qui j’ai toujours eu une grande confiance, pour lui expliquer la situation avec le Patron de la filiale financière de mon Groupe. Le Juge Jean-Pierre B. voulut absolument être présent, d’autant que ce mercredi 23 août 2000, il était à Paris, nous disait-il. Nous l’avons donc attendu et sommes allés avec notre juge dans une brasserie manger un morceau, que je payais, bien sûr. Jean Gousset, Le directeur de la Fidal nous reçut, accompagné du premier magistrat du département du Gers. Il donnait ses arguments, dont le poids émanait d’un juge de métier, Président du Tribunal de Grande Instance et qui, ici, prenait parti : « Vous pouvez déposer le bilan ! Les banquiers, face à l’article 37, seront obligés de vous servir la moitié des encours qu’ils vous distribuaient… » En fait, Jean-Pierre B. venait dire clairement dans les bureaux parisiens de la Société Fidal, devant Jean Gousset son directeur général : « Je serai Juge et Parti » – ceci nous donnait toutes les garanties juridiques face à un dépôt de bilan – « les salaires ne peuvent pas être réglés alors que vous êtes sous administrateur ad hoc… », Et de critiquer Maître Meille qu’il avait d’ailleurs appelé et insulté la veille au téléphone. De plus, il lui avait dit qu’il avait l’intention de faire déposer le bilan si son travail n’était pas plus efficace. Par la suite, l’administrateur parisien me fit part par téléphone de la violence des propos dont il avait été victime et me dit : « Il m’a traité comme une serpillière, jamais de ma vie, je n’ai été traité de la sorte ! » Le Président B. dit au directeur de Fidal : « Tout doit se faire dans le plus grand secret pour que les banques n’aient pas le temps de dénoncer leurs concours ! »

Et puis le jeu des banquiers était clair, d’abord récupérer mes cautions pour se couvrir par rapport à leur hiérarchie, puisque leurs dossiers étaient vides. Laisser passer le temps, ce qui m’aurait mis hors la loi, car on doit déposer le bilan quand on a plus de trésorerie puis, une fois les cautions servies, rien ne me laissait présager de l’attitude de ces banquiers jaloux et toujours en faute par rapport à leur direction. Mes biens personnels étaient moins importants que les cent cinquante-huit millions de francs – soit plus de vingt-quatre millions d’euros de capitaux propres – et les quatre-vingts dix millions de francs – soit près de quatorze millions d’euros d’immobilier détenus par mon Groupe - soit couvrant largement les trois « petits » millions de francs de perte, inférieurs à quatre cent soixante mille euros, dus à la seule Société auscitaine. Ces banquiers voulaient ma peau, ils disaient de moi que je n’étais plus l’avenir, car déjà trop vieux avec mes cinquante ans, et que mes « collaborateurs étaient des médiocres, sans personnalité, qui vivaient dans l’ombre de leur patron ».

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De retour à Auch le 24 août 2000, tous les mandataires sociaux et moi-même étions réunis. Le « juge Président » nous exhortait à déposer le bilan : « Oui, les banques seront obligées de suivre car elles n’auront pas eu le temps de dénoncer leurs concours ! » Le Président B., en toute complicité, avait fait spécialement venir de Toulouse dans une salle de réunion des locaux de ma société auscitaine en catimini, Maître Jean Marcel Lavergne – administrateur judiciaire – et sa consoeur Maître Liliane Vinceneux – mandataire de justice – qui serait nommée par la suite représentante des Créanciers - étaient également présents plusieurs de mes collègues mandataires sociaux.

C’est le lendemain soir, que le Président B en dehors des heures légales, nous avait convoqués au Tribunal. Fort de ses arguments, réconfortants et rassurants, et de par son discours il cautionnait le dépôt de bilan, qui était selon lui un passage obligé pour accéder à un avenir économique radieux.

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Chacun d’entre nous signait la feuille pour déposer le bilan des sociétés dont nous avions respectivement la responsabilité. Seule une d’entre elles était en perte ! Les autres faisaient des bénéfices ! Mais, le manque de trésorerie rendait l’ensemble solidaire, c’est la loi quand des sociétés sont liées par un G.I.E (Groupement d’Intérêts Economique). Le « patron de la Justice Gersoise » faisait des compliments appuyés à la greffière sur sa disponibilité. Ces éloges n’étaient vraiment pas de circonstance. Tout était déjà prévu. Les autres juges étaient fatalement dans le secret, car la séance officielle du Tribunal de Commerce se tiendrait exceptionnellement, un samedi matin, le 26 août 2000.

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Le Tribunal était présidé par Madame Régine D., Vice-présidente du Tribunal de Grande Instance d’Auch. Besogneuse et dévouée à son Président, elle mettait en redressement judiciaire les différentes entreprises de mon Groupe d’outillage. Jean-Pierre B. cumulait, pour l’occasion, les fonctions de Président du Tribunal de Grande Instance, Président du Tribunal de Commerce ainsi que celles de Juge Commissaire dans mon affaire.

Dès le lundi, Jean-Pierre B. s’installa partiellement dans les bureaux de notre filiale auscitaine. Les pieds sur le bureau à la vue de chacun, le tout puissant juge s’était substitué au P.-d.g.. Il était devenu le dirigeant de fait. L’homme est petit, mince, très vif, le teint rosé. Il parle fort, de temps à autres des éclats de rire singularisent le personnage.

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Le juge avait également un pouvoir sur l’opinion publique grâce à son ami journaliste, Pierre Escorsac, qui lui offrait régulièrement la Une de La Dépêche du Midi. Dès le 27 août, le Juge déclarait que le Groupe Sensemat subissait : « Une petite grippe et il appartient au Tribunal de trouver les moyens de soigner cette petite grippe ». Le 6 septembre, il se pausa alors en sauveur « une procédure exemplaire », « La justice se bat pour sauver les emplois » ou encore plus édifiant, Pierre Escorsac utilise son journal – La Dépêche du Midi – pour propulser au plus haut la mission du Magistrat ami : « Le Président B., juge professionnel préfigure la réforme Guigou sur les Tribunaux de Commerce. »

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Jean-Marcel Lavergne – administrateur judiciaire – dés le lundi 28 août, avait installé son équipe à Auch. À 10 heures se tenait une importante réunion au sein de la société à laquelle participaient : le juge commissaire, Jean-Pierre B., l’administrateur judiciaire et son collaborateur André D. – fidèle sous traitant mais aussi expert judiciaire – la représentante des créanciers, les dirigeants des filiales, des cadres, enfin toutes les parties intéressées. Je m’inquiétais alors pour le sort de la société Lip qui ne faisait pas partie du même périmètre de consolidation du Groupe Sensemat. Cependant, elle avait un faible lien puisque Lip disposait de deux pour cent de parts dans le Groupement d’Intérêts Economique administratif du Groupe. Celui-ci n’avait pas déposé le bilan, mais la règle est qu’un GIE dont un membre dépose entraîne automatiquement l’extension aux autres membres. Il fallait protéger cette société pour les intérêts économiques et sociaux qu’elle représentait d’autant plus qu’elle se portait très bien.

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Nous étions également très surpris que toutes les ordonnances rédigées par Jean-Pierre B. se révélèrent gravement erronées et lourdes de conséquences pour le sort de l’Entreprise.

En tant que Président du Groupe, je tenais des réunions avec les P.-d.g. des filiales sur chacun des sites, ainsi que dans les entrepôts. Le Juge B. était là et prenait la parole avec moi, il agissait en co-Président de mon Groupe. Debout, face aux travailleurs : « C’est une petite grippe, je m’engage, il n’y aura pas de licenciements, il n’en est pas question pour le moment, je vous donne ma parole de magistrat ! »

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L’administrateur judiciaire, Jean-Marcel Lavergne, tissait en fait sa toile. Il avait établi avec mes collaborateurs et moi-même, une relation cordiale. Aimable, rassurant, un sourire permanent, son travail était de lisser la situation. Le temps gagné enfonçait tous les jours un peu plus de façon irréversible mon Groupe. Lors des déjeuners ou dîners que j’ai eu à partager avec lui, il me parlait de son épouse et de ses importants besoins financiers. De mon côté, je lui parlais avec obsession de mon problème d’entreprise. Je cherchais à explorer avec lui les moyens de sortir de cette situation, et je cherchais un repreneur. Un soir, il me dit que son métier d’administrateur judiciaire était stratégique, et qu’il était un passage obligé. Que cette profession allait changer mais que les pouvoirs d’un administrateur étaient énormes ! J’étais soudain surpris par sa mentalité. Pour lui, les affaires n’étaient que « magouilles », et il banalisait la fraude. J’étais choqué et même vexé car cet homme ne pouvait pas penser que ce que j’avais fait, je l’avais fait à la force du poignet, dans la plus grande légalité, avec beaucoup de travail, et avec talent. Il me poussait vers son homme de confiance, un avocat parisien, avec lequel il avait déjà fait des « affaires ». Je parlais à cet homme de loi « de repreneurs dans le cadre d’un plan de continuation », lui me faisait un cours de droit dans son bureau proche de l’Assemblée Nationale. Il me parlait de « coup », « de plan de cession », « de commissions », il voulait devenir mon avocat.

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à la sortie de la réunion, sur le parking du Tribunal, Jean-Marcel Lavergne s’approcha de moi et me dit : « Vous avez vu le vieux ? Parlant de son collaborateur André D., « Il est d’accord pour déconnecter Lip, on va y arriver, mais il faut me donner dix pour cent de la vente de Lip, quand vous vendrez la société ou un forfait d’un million de francs ! ». Sur ces entre faits, Jean-Pierre B. arriva et l’attira plus loin en catimini pour converser dans les allées ombragées du parking. J’étais subjugué, abasourdi et je ne pus m’empêcher de m’en ouvrir au Patron de mon GIE, puis, avant d’aller déjeuner, j’en parlais à mon directeur centralien, puis à ma femme, à mon assistante… J’étais scié, et la réaction de mon entourage était identique. Où allions-nous ? C’était incompréhensible. Au milieu des soucis que je traversais et qui m’affectaient considérablement, voilà qu’un autre problème surgissait. Je m’étais placé entre les mains de la Justice de mon pays pour arriver à sauver mon Groupe et voilà qu’un auxiliaire de justice me demandait un pot de vin de pour faire ce qui était son travail et qui pouvait s’effectuer légalement. Alors là, c’était le bouquet !

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Je lui faisais part de mon étonnement de ne plus avoir Jean-Pierre B. au téléphone, « silence radio » depuis le mardi matin, jour de l’offre de cor-ruption. Mes appels ne recevaient étrangement plus d’échos. D’ailleurs, plus tard lorsque je dis au juge que France Télécom détenait la preuve de mes nombreux appels, il répondit pour justifier son silence : « J’étais déprimé ! »

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Le lendemain, j’avais un rendez-vous fixé au Palais de Justice d’Auch à 15 H. Le procureur me reçut et enregistra ma déposition, à la fin il me demanda, dans un reproche à peine voilé, déjà conditionné par le juge : « Pourquoi ne me l’avez-vous pas signalé plus tôt ? » Le regardant fixement dans les yeux, je lui demandais : « Avez-vous posé la même question à mon directeur général ou aux autres personnes auxquelles je m’en suis ouvert ? » Aucune réponse ne vint et il baissa les yeux. C’est un peu comme si on reprochait à un accidenté de la route, encore traumatisé dans le fossé, de ne pas avoir donné l’alerte plus tôt.

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Le procureur de la République confia donc l’enquête à la Police Judiciaire, section financière de Toulouse, et le commissaire Christine Duffau fut en charge de l’affaire. En arrivant dans les locaux de la Police Judiciaire, on me demanda : « Mais qui vous a nommé Lavergne comme administrateur ? C’est notre client, nous le traquons depuis bien longtemps ! » Je leur répondis : « Le Juge Jean-Pierre B. » Mes récits furent complets et détaillés. Alors que j’étais dans les locaux de la Police, Jean-Pierre B. m’appela sur mon portable. Il renouait curieusement sa relation ! « Bonjour Président, vous allez bien ? … » me dit-il. Je m’étonnais : « Pourquoi tu me vouvoies ? » lui demandais-je : « Il vaut mieux, notre relation doit être plus formelle. » répondit-il. En raccrochant, je le dis à mes témoins qui se mirent à sourire, d’autant que le juge d’Instruction, Laurent Nion, décidait des écoutes légales sur les communications téléphoniques de Maître Jean-Marcel Lavergne.

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Le patron de la Justice de mon département me mettait entre les mains d’un administrateur véreux et corrompu et lui établissait une ordonnance lui permettant de me voler. Cet auxiliaire de Justice gâchait depuis deux mois toutes les chances de redressement de l’Entreprise que j’avais façonnée depuis trente ans et me demandait en plus des dessous de table.

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Le commissaire Christine Duffau et son équipe faisaient du bon boulot, Jean-Marcel Lavergne ne pouvait que tomber. En garde à vue, quand celui-ci se mit à parler, il égrenât les affaires les une après les autres, surprenant presque les policiers, l’administrateur fut écroué. L’enquête révéla qu’il était aller jusqu’à subtiliser des tampons officiels pour établir de faux documents. Ce fut un choc immense dans le monde des affaires et de la Justice. À Toulouse, les gens parlaient du début d’une longue liste. Dans le Gers, la Dépêche du Midi, sous la plume de Pierre Escorsac, titrait en soutien au Juge B. : « L’œil du magistrat professionnel. »

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C’était le triomphe de la jalousie qui s’exerçait à n’importe quel prix. Le repreneur, qui proposait de payer, apportait un milliard de francs, et il était battu par celui qui n’offrait qu’un franc et qui laissait le plus de salariés sur le carreau. De plus j’apprenais que KPMG Toulouse, dont j’étais client, avait accepté de déléguer un de leurs comptables pour la société Cargo. De surcroît, la veille de l’audience du jugement, un comptable de KPMG, sans vergogne, avait constitué en toute impunité la société Cogex pour la société Cargo avec cette marque, Cogex qui était ma marque d’outillage déposée à l’INPI depuis fort longtemps et qui était encore, ce jour-là, ma propriété. Le gagnant allait avoir toutes les facilités de l’état, les 35 heures offertes par l’état, etc. La répression des fraudes, les douanes et les impôts ne le solliciteraient pas comme ils le faisaient si régulièrement avec moi. C’était un traumatisme mental qui ne pouvait que faire des dégâts. Comment appeler cela : la spoliation ! La vengeance ! La jalousie ! L’abus de pouvoirs ! Peu importe le terme, le résultat était là et bien là.

Je retournais à Toulouse, loin du Gers, où j’étais installé dans mon appartement, où m’attendaient ma femme et mon fils. Martine et moi avons pleuré de désespoir, en cachette de notre fils Laurent qui n’avait que 15 ans, et qui, malgré tous nos efforts a craqué un soir. Il s’est mis à pleurer : « Le juge B., le juge B., j’en ai assez de celui-là. Pourquoi nous en veut-il comme ça ? Qu’allons-nous devenir ? » Quelques semaines plus tard, il eût un zona qui lui prenait le torse, le dos et tout le côté droit.

Copyright Mai 2004 Dépot légal N° 8298

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